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Un petit historique

La seigneurie de Tessé appartenait aux Corgnol, vieille famille de l'Angoumois, dont les membres habitaient tous les environs de Ruffec et de Civray dès le XIVème siècle. Ils avaient pour blason : d'or à deux chevrons de gueules.

Le premier seigneur de Tessé connu se nommait Arnauld de Corgnol, son nom apparaissant dès 1307. Néanmoins, il faut attendre Louis de Corgnol, écuyer, seigneur de Tessé, Vivier d'Estrain, Châtillon sur Dive et Mirbazin (entre autres), en 1454, pour obtenir le début de la généalogie des seigneurs de Tessé.
A cette date, Louis de Corgnol fit hommage de Tessé au seigneur de Raix (près de Ruffec). Dès 1430, il fut marié à Marguerite Janvre, fille du seigneur de la Bouchetière, soeur de Janvre Jean VI (qui épousa Thomasse de Corgnol en 1410). Ce mariage vit naître six enfants, dont l'aîné François, qui reçut lors du décès de son père en 1463, la seigneurie de Tessé en héritage. Alors âgé de 19 ans, ce dernier servit dans les guerres du règne de Charles VII. Il épousa en 1460 Jeanne de Leigne et transmit Tessé à son seul fils connu, Jean, en 1488.

Jean de Corgnol épousa Simone de Barro en 1490. Ils eurent ensemble quatre enfants, dont l'aîné, François. L'histoire de ce dernier, bien que mal connue, fait mention d'un mariage en 1534 avec Charlotte Turpin, fille du seigneur de Jouhé. De cette union naquit Antoine, qui devint écuyer et seigneur de Tessé. Sa succesion fut partagée par son fils aîné Louis, le 24 mai 1614.

A la suite de cette répartition, Louis de Corgnol devint seigneur de Tessé. Cependant, vingt ans plus tard, en 1634, il vendit son domaine à son cousin, Charles Corgnol, de la branche de Beauregard.

Charles Corgnol de Beauregard était le quatrième membre de cette lignée. Marié le 6 Février 1623 à Charlotte du Monsseau, il eut six enfants dont Philippe, l'aîné.
Philippe eut pour descendant Louis Corgnol, avant-dernier représentant de la branche des Corgnols de Beauregard, puis Louis-Jacques Corgnol, son petit fils et dernier seigneur de Tessé jusqu'en 1771.

C'est au début du XIXème siècle que la famille Fouet entra en possession du Logis de Tessé, qu'elle possède toujours. Peu après cette acquisition, des travaux furent entrepris pour rendre le logis habitable.


Datation du Logis

La seigneurie de Tessé a donc eu comme premier seigneur connu Arnauld de Corgnol en 1307.
Malgré cette date, il paraît évident que l'histoire du Logis de Tessé a débuté un ou deux siècles auparavant.
En effet, l'angle Nord-Ouest du bâtiment (élément I) devait constituer à lui seul le premier édifice construit sur le site dès le XIème ou le XIIème siècle.
C'est donc à l'époque romane que, muni de ces contreforts, ce donjon de pierre a été construit pour surveiller et défendre les environs.

Le donjon de Tessé présente de nombreux points communs avec ceux de Montignac, la Rouchefoucault ou encore Marthon, en particulier l'épaisseur des murs (150 cm à Tessé), son plan grossièrement carré et ses contreforts rectangulaires. Le logis de Tessé peut ainsi s'inscrire dans la liste (restreinte) des édifices "militaires" du XIIème siècle encore visibles en Charente.

L'histoire du Logis s'obscurcit durant trois siècles, et il fallut attendre le XVème siècle pour que de nouveaux travaux soient engagés sur le site, sans que l'on sache toutefois l'étendue des possibles et même très probables dégâts et destructions engendrés par la Guerre de Cent ans, qui fit rage dans les Charentes.

C'est en effet au XVème siècle que le deuxième élément (élément II) du Logis actuel fut édifié au Sud du donjon, modifiant l'aspect de l'ensemble.
Cet élément du Logis est la partie la plus richement décorée. Néanmoins, outre les ouvertures à coussiège des façades Sud-Ouest et Sud-Est, la première salle du troisième étage est sans nul doute celle qui nous apporte le plus de renseignements (les achives faisant défaut). En effet, son aspect n'a pas été modifié depuis sa construction, si ce n'est le plâtre qui recouvre les murs. La porte d'entrée est la porte d'origine mise en place au XVème siècle et est constituée d'un assemblage de panneaux. Il en va de même pour la cheminée monumentale, munie de ses bases buttiformes et de sa corniche à écusson muet.

De plus cette cheminée fait partie, au même titre que les encadrements de fenêtres ornées, des motifs couramment mis en place dans les demeures charentaises de la fin du XVème siècle.

L'élément principal de cette partie Sud du logis reste encore la charpente dite "à l'anglaise", qui protège le bâtiment et qui est également datée du XVème siècle. Il faut par ailleurs préciser que le couvrement exclusivement en tuiles plates est la marque des constructions importantes de cette époque.

Le logis de Tessé, après le XVème siècle, resta donc la propriété de la famille Corgnol, même s'il passe dans la branche des Beauregard en 1634.

Les modifications ou destructions susceptibles d'être intervenues entre cette période et le début du XIXème siècle ne nous sont révélées par aucune source.
Cependant, la fin brutale de l'escalier à vis entre le quatrième étage et les combles tend à faire penser que cette partie du Logis pouvait être plus élevée qu'elle ne l'est actuellement.

Deux éléments sont adjoints aux deux déjà existants : le premier, vers 1822, comble le vide laissé à l'Ouest (élément III) et le second, vers 1826, celui laissé à l'Est (élément IV).
Ainsi le Logis prenait sa forme actuelle sur une base au sol vaguement carrée d'environ 14 mètres de côté sur environ 17 mètres de haut.

C'est donc au XIXème siècle que la façade Sud-Ouest du Logis fut remise en état dans sa quasi totalité, et que le deuxième étage put être rallongé, étant donné qu'il se développe sur ce côté de l'édifice, au même titre que le quatrième étage d'ailleurs.
L'élément IV a considérablement affecté l'aspect de l'ensemble, le munissant sur la partie Sud-Est d'une nouvelle porte et d'une nouvelle fenêtre et bouchant l'accès à une archère canonière située au quatrième étage de l'élément I (et débouchant maintenant dans le troisième étage de l'élément IV).
Les raccords de charpente entre la partie plus ancienne (XVème siècle) et les parties plus récentes (XIXème siècle) sont très visibles.

Le XXème siècle marque une période de continuité par rapport au siècle précédent. En effet, si les deux niveaux du rez-de-chaussée furent modifiés au XIXème siècle, permettant ainsi l'aménagement de trois pièces, c'est bien à notre époque que le premier étage fut entièrement modifié (première salle divisée en trois parties) au même titre que le cellier (creusement du sol, mettant à jour les fondations du donjon initial).

En conclusion, le Logis de Tessé fut, dans un premier temps, un donjon (XIème ou XIIème siècle), avant d'être transformé en manoir par l'adjonction d'un élément supplémentaire, apportant, en plus de nouveaux moyens défensifs (plusieurs archères canonières), la notion d'un certain confort (cheminées, vastes salles, latrines...). Le XIXème siècle convertira définitivement le logis en lieu d'habitation, avant son abandon complet à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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Dernière mise à jour : 05 Décembre 2000